Juin
2000, Notes de scenographie...
La théatralite d¹un
salon littéraire Un espace intime de 5 m x5 m évoquant un salon
littéraire meublé en style 18eme. Les meubles de ce salon servent la
correspondance : secrétaire-tombeau, ottomane pour la séduction (présence
dans l¹¦uvre), fauteuil (indiscret) permettant des jeux d¹écoute ou
de voyeurisme. Le sol est un plancher peint en trompe-l¹¦il représentant
un échiquier effacé partiellement dont les cases sombres prennent la
teinte du sang séché. Par trois côtés, le plancher est entouré de mâts
de bois entre lesquels sont tendus six pans de draps blanc cassé, s¹ouvrant
et se fermant à volonté. Autant de surfaces pour évoquer les lettres
et qui prendront au fil de la représentation des traces évoquatrices
des passions en jeu, encre, larmes, sangŠ Aprés avoir permis la projection
d¹ombres, l¹apparition ou disparition de scènes théâtralisées, des circulations
et des présences lointaines, ces draps disparaîtront. Le décor aura
alors vers la fin du spectacle l¹aspect d¹un squelette, image d¹un destin
tragique. Dans ce salon ne restera qu¹un goût de désastre digne d¹un
esquif à l¹abandon - la révolution n¹est pas loin. Ce salon littéraire
s¹ouvre à chaque instant vers un lieu théâtral tel qu¹il se déclinait
à l¹époque. Ceci par la présence d¹une rampe et de lustres de chandelles
sur l¹aire de jeu et dans le public, public alors voyeur, témoin juré
de l¹histoire (Des comédiens viendront s¹y installer durant les scènes
théâtralisées de certaines lettres). Les costumes d¹époque envahiront
cet espace restreint. Ils seront traités de façon à subir une évolution
durant la représentation. D¹abord de couleurs marquées sur les couches
supérieures, les teintes se délaveront juqu¹à ressembler aux draps-lettres
du décor, porteurs eux aussi d¹autres traces de vécu. Cette subtilisation
de l¹éclat sera facilité par le respect de la temporalité de l¹¦uvre
qui commence en Août pour finir en Janvier.
Florence Dupeu
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Aout
2000, L¹intention du decor
Un espace restreint (6x6m) sur un plateau en bois (damier) cerné de
mats supportant des voiles (lettres). Le tout manipulé, combine à l'infini,
l'espace de jeu. 3 lustres y marquent l'image du 18eme. Des assises
bâchées (lettres) composables à souhait en fauteuils, ottomanes, indiscretsŠ
(meubles du 18eme). Les personnages vont y évoluer et le décor sera
tout à la fois, le salon littéraire, les lieux des protagonistes, le
secrétaire où l'on cache et découvre les lettresŠ le théâtre où se livre
le drame. Progressivement, le décor va se dénuder pour donner "à découvert"
l'armature du théâtre actuel (projecteurs, mâts, plancherŠ) et l'idée
d'une révolution proche.
Patrice Monnerie
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Octobre
2000, a propos du decorŠ
Tout comme les lettres du recueil dévoilent au lecteur leurs dangers
les unes après les autres, l¹espace scènique se livrera au public secret
par secret. Espace de jeu sensible par ses matières et machiavélique
par ses transformations, il sera capable de rendre le spectateur tantôt
voyeur et maître, tantôt victime de ses illusions. La scène (6 x 6 m)
se livre d¹abord comme un espace intime, un salon littéraire aux évocations
du 18eme siècle : des assises bâchées composables à souhait en fauteuils,
ottomanes, indiscrets, un plancher de bois cerné de tentures blanches,
des lustres à bougies. Un salon aux allures de ³théâtre au château²,
tel qu¹il se pratiquait du temps de l¹aristocratie. Chaleur des matières,
respectabilité d¹un lieu du passé. Et puis, peu à peu, les spectateurs
découvrirontŠ Š que ce plancher laisse transparaître les traces d¹un
damier pourpre et qu¹en son sein sont cachées des lettres, immense secrétaire,
serviteur de la tragédie, Š que ces meubles bâchés prennent sous certains
éclairages l¹expression de corps lascifs - en échos aux décors des chambres
peintes par Fragonard. Qu¹ils semblent parfois s¹être composés d¹eux-mêmes
en ³indiscret² ou ³boudeuse² pour provoquer les situations les plus
troubles. Š que les tentures sont autant de pages blanches (un tissu
au froissement de papier) sur lequelles se déposent les nouvelles traces
du drame. Qu¹elles peuvent à tout moment se déployer et ainsi recomposer
l¹espace de jeu, brasser les protagonistes, leur proposer de nouvelles
perspectives, déstabiliser la vision des spectateurs. Pour enfin tomber.
Disparaître. Alors, l¹aire de jeu n¹est plus qu¹un squelette. les mâts
qui retenaient ces tentures se dressent, bras décharnés, tendus, rigides.
Radeau plus que salon, un plateau mis à nu où s¹exposent de nouvelles
³lumières². L¹armée des projecteurs qui guettaient dans l¹ombre foudroie
de vide.
Patrice Monnerie-Florence
Dupeu
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Octobre
2000, a propos des costumesŠ
En trois couches successives, les costumes représenteront dans des matières
brutes et neutres, l'architecture et les volumes des vêtements du 18eme.
Dessus seront réincrustés des bribes de tissus, des traces d'imprimés,
de couleurs, de matières comme une sorte de reconstitution archéologique
afin de signifier l'époque et de différencier les principaux personnages.
L'intrigue sera dévoilée dans la mise en scène en enlevant progressivement
les trois couches de vêtements. Les tenues seront réalisées de façon
brute, comme des toiles de patron (solides, portables et jouables).
Les incrustations seront reconstituées par la teinture, la peinture
de motifs 18eme, sur des matiéres ³plus précieuses². Les comédiens ne
seront pas habillés de pied en cape "total look" reconstitution 18eme
afin de bien préserver l'idée des restes d'une époque et de la trace
des personnages dans l'histoire racontée par les lettres. L'imagination
doit être laissée au spectateur comme lors de la découverte du texte
par le lecteur.
Patrice Monnerie.
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Janvier
2001
Progressivement, au travers des rencontres de scènographie, costumes
et mise en scène, un matériau s¹est imposé : le papier. Il nous fallait
bâtir le décor dans l¹illusion des pages, habiller les personnages des
traces parcheminées du 18 eme siécle. Le décor est devenu cet espace
suggéré par ces lettres qui se tournent, se plient, s¹envolent, structurant
tantôt un Paris aristocratique, tantôt une campagne de villégiature,
tantôt une chambre, tantôt un couventŠ Chaque lieu se dévoilant au gré
des feuilles que tournent les comédiens. Une couleur neutre et poudrée,
comme une page blanche où le spectateur suit l¹intrigue et le drame
qui se joue sur cet échiquier. Comme l¹écriture, la peinture est devenue
la trace sur des costumes bâtis de coupes et de pliages. Les riches
imprimés du 18 eme se sont insinués par bribes sur du papier blanc pour
incarner chaque protagoniste. Les robes, les ³justaucorps², ³pet-en-l¹air²,
et autres atours sont devenus lettres que l¹on froisse ponctuant par
leur bruit, l¹histoire qui y est écrite. Les personnages s¹y dévoilent
et se déshabillent comme un billet que l¹on jette, une feuille que l¹on
déchire. L¹art de l¹éphémère nous permettait donc de conserver un instant
les traces de ce roman épistolaire.
Patrice Monnerie.
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